Quand les repères manquent, les équipes s’épuisent
L’épuisement ne survient pas du jour au lendemain. Il se tisse dans le temps, souvent sans que l’on distingue clairement quand les choses ont commencé à dévier.
Au départ, tout semble encore tenir. Les personnes s’adaptent, compensent, prennent sur elles. Puis, progressivement, quelque chose se dégrade : la fatigue augmente, les tensions deviennent plus fréquentes, la motivation s’effrite. On parle alors de surcharge, de pression, d’urgence permanente.
Ces éléments jouent évidemment un rôle. Mais, sur le terrain, ils sont rarement la cause principale de l’épuisement.
Très souvent, l’usure est le symptôme d’un fonctionnement fragilisé, dans lequel les repères essentiels ne sont plus suffisamment clairs, partagés ou tenus dans le temps.
Ce que l’on observe quand les repères s’effacent
Quand les repères manquent, certaines situations deviennent récurrentes.
- Les décisions sont prises au coup par coup, sans logique visible.
- Les priorités changent régulièrement, parfois sans explication.
- Les tensions reviennent, même après avoir été “traitées”.
- Chacun a le sentiment de faire de son mieux, sans pour autant avancer dans la même direction.
- La fatigue est souvent relationnelle : discussions inutiles, incompréhensions, agacement diffus.
Dans ces contextes, les équipes ne manquent pas d’engagement. Elles manquent de points d’appui stables pour travailler ensemble sereinement.
👉 Comme dans un carrefour complexe sans signalisation, chacun finit par emprunter sa propre voie. C’est là que la question des repères devient centrale.
Repère n°1 : Savoir où l’on va ensemble
Une équipe tient mieux lorsqu’elle sait ce qui fait référence.
Il ne s’agit pas d’une phrase inspirante ou d’un slogan affiché sur un mur, mais d’un repère concret, mobilisable dans les décisions du quotidien. Un point d’ancrage qui permet de prioriser, d’arbitrer et de comprendre pourquoi certains choix sont faits.
Lorsque ce repère existe, les équipes gagnent en cohérence.
Lorsque ce repère manque, les urgences se concurrencent, les décisions paraissent injustes ou incohérentes, et chacun agit selon sa propre interprétation des priorités.
Sans cap partagé, même les équipes les plus investies finissent par s’épuiser à force de naviguer à vue.
Repère n°2 : Savoir qui fait quoi (et jusqu’où)
Beaucoup de tensions prennent racine dans des zones grises.
- Qui est responsable de quoi ?
- Où commence et où s’arrête mon rôle ?
- Qu’est-ce qui relève de ma responsabilité, de l’aide ponctuelle ou du collectif ?
Lorsque ces éléments ne sont pas suffisamment clarifiés, les malentendus s’accumulent. Les doublons apparaissent. Certains se surchargent sans que cela soit visible. D’autres hésitent, de peur de sortir de leur périmètre.
Ce flou ne traduit pas un manque d’engagement, mais un manque de lisibilité.
Et ce manque de lisibilité fatigue durablement les équipes, car il oblige chacun à s’ajuster en permanence, souvent sans cadre clair.
Repère n°3 : Savoir comment on fonctionne ensemble
Une équipe ne tient pas uniquement grâce à la bonne entente ou à la bonne volonté.
Elle tient grâce à un cadre de fonctionnement explicite et assumé : la manière dont on communique, dont on régule les tensions, dont on se parle quand ça devient plus difficile.
Lorsque ce cadre n’est pas posé, les non-dits s’installent. Les tensions se déplacent. La communication devient défensive. Les irritants s’accumulent sans être traités.
À l’inverse, lorsque les règles du jeu sont claires, les équipes disposent d’un espace sécurisé pour dire les choses, ajuster ce qui doit l’être et traverser les périodes de pression sans s’abîmer.
Sans cadre de fonctionnement explicite, la pression fragilise les relations ; avec des règles claires, elle devient supportable et régulable.
Pourquoi ces repères protègent aussi le manager
Les repères ne servent pas qu’aux équipes. Ils protègent également la posture managériale.
Un manager qui s’appuie sur des repères clairs n’a pas besoin d’arbitrer en permanence dans l’urgence ou l’émotion. Les décisions sont plus lisibles. Les conflits sont moins personnalisés. Le cadre tient, même lorsque la pression augmente.
Ces repères allègent la charge mentale, car ils offrent un socle stable sur lequel s’appuyer pour décider, réguler et accompagner.
Reposer les bases avant d’ajouter des solutions
Lorsqu’une équipe s’épuise, la tentation est souvent de vouloir agir vite : motiver davantage, réorganiser, ajouter des outils ou des procédures.
Avant cela, il est souvent utile de revenir à l’essentiel.
- Vérifier si les repères fondamentaux sont bien présents.
- Clarifier ce qui fait cap.
- Rendre les rôles et les responsabilités plus lisibles.
- Poser un cadre de fonctionnement explicite.
